La route que nous ne prendrons pas

Deux routes divergeaient dans un bois; quant à moi, j'ai suivi la moins fréquentée et c'est cela qui changea tout. Robert Frost


La route, nous devions la prendre au début du printemps lorsque la sève serait remontée dans l'érable. L'hiver durant, nous avions tracé le chemin à parcourir et marqué d'une croix les lieux de désert, de rochers et de cactus longtemps imaginés et espérés.

L'Ouest américain et ses parcs dont celui de Saguero, Zion, Bryce, Monument Valley, Grand Canyon et Arches étaient sur notre liste. Un président, las de la guerre, avait voulu, en créant ces territoires, les protéger pour qu'ils deviennent en quelque sorte le ferment d'une paix unificatrice pour une nation divisée. Cela n'aura malheureusement pas suffi.

Cette envie de côtoyer des lieux «sauvages» et désertiques relève de plus en plus du fantasme ; des millions de personnes visitant ces endroits chaque année. Comme le disait le forestier américain Aldo Leopold: « À quoi bon la liberté, sans espace vide sur la carte ? » Malgré tout, il est encore possible de trouver au hasard d'une randonnée des indices du début du monde. Car c'est souvent au milieu de nulle part que nous pouvons percevoir un monde qui existe bien au-delà de nous. "Un monde où il reste encore quelques bisons est un monde meilleur." (Wallace Stegner)

Mais cette route devra attendre. C'est plutôt dans nos maisons qu'il nous faut désormais trouver refuge comme des animaux traqués. Elle deviendra pour les prochains mois un territoire protégé. Puissions-nous à travers les voiles de la peur et de l'inconnu retrouver notre chemin.







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