La vie en vert

Dernière mise à jour : juin 1


Je m'en allai dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte, faire face seulement aux faits essentiels de la vie, découvrir ce qu'elle avait à m'enseigner, afin de ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu. Henry David Thoreau (philosophe, naturaliste et poète américain)



Les signes se font de plus en plus présents; l’été s’achève et s’étire en longueur. Les fleurs sont fatiguées et les tomates rougissent d'émotion. Même le jour n’arrive plus à veiller tard. Les beaux jours sont bien sûr encore possibles, mais la présence du vert dans nos vies tire à sa fin.


Souhaitant chasser cette douce mélancolie de fin d'été, nous repartons avec la bohémienne pour un court séjour en nature, seuls avec les autres. C’est quand même un peu l'idée du camping; on souhaite s’isoler en nature sachant pourtant très bien que nous y serons nombreux. Mais, Thoreau avait tout compris: le secret d'un exil réussi, c'est d'être seul, mais au milieu des autres.


Notre campement est peuplé d’arbres. C'est comme se baigner dans une mer chlorophyllienne. Nous ne voyons pas le ciel; que du feuillage. Beaucoup a été dit sur l’effet apaisant que la nature a sur nous ou du moins sur plusieurs d’entre nous. Je ne peux alors que parler de ces effets sur moi, car de ça, personne n’en a rien dit.


Nous partons pour une randonnée de dix kilomètres à pied autour du lac. Le sentier est très étroit si bien que nous avons l’impression de marcher à travers une forêt dense et d’en connaître le chemin. Les arbres se dressent sur notre passage telle une haie d’honneur.


Peu de randonneurs sont passés par ici récemment. La forêt semble vouloir réparer la blessure laissée par les traces de nos pas. La pluie tombe, mais c’est à peine si nous la sentons tellement les arbres s'entremêlent pour former un toit de verdure au-dessus de nos têtes.


Le silence est dense lui aussi et le moindre bruit fait dresser l’oreille: le frémissement des feuilles, le craquement d'une branche, le chant d'un huard, l'eau d'un ruisseau... et Denis qui perd pied sur la mousse d'une roche.


Il y a tout de même toujours une sourde inquiétude à marcher ainsi en terrain inconnu. Nous avons depuis longtemps troqué l’habit du coureur des bois pour celui de coureur de performance. Nous n’avons plus cette intime conviction de faire partie de cet univers. Nous sommes des visiteurs de passage qui seraient vites démunis si nous devions passer la nuit au pied d'un arbre. Alors pour atténuer les peurs, on construit en plein bois des refuges pour s'isoler entre nous. Nous sommes des étrangers sur notre propre terre.


Au retour de la randonnée, je trouve une feuille, une feuille du mois d'août dont le vert est désormais à peine visible. Je la dessine. L'été nous glisse définitivement entre les doigts.













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