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Les mains dans les poches

Longtemps je me suis promené dans le monde, mains dans les poches, le nez en l'air.

Et le monde est beau".

Jean D'Omersson



C’est le long week-end de mai. Un peu comme des oiseaux migrateurs, nous retournons campés parmi les arbres aux feuilles nouvelles aux abords de la rivière du Diable.

Tôt le matin, nous grimpons une montagne jusqu'à la corniche qui surplombe le paysage en devenir. Nous poursuivons jusqu’au lac des femmes. Nous ne saurons pas d'où vient le nom, mais à sa surface la vie se déplace deux par deux. Des couples de canards dont nous ignorons le nom voguent ensemble le temps d’un printemps. Nous saurons plus tard qui ils sont: le Grand Harle. Il construit son nid dans un trou d’arbres. L’hiver, il ne migre pas, il le passe avec nous. Il se déplace simplement dans un endroit où l’eau ne gèle pas pour s'y réfugier.

Plus tard dans la journée, les petits-fils arrivent avec fracas. Le grand air à leur âge c'est enivrant. Ils crient, courent, trébuchent, pleurent un peu. On les mouche et ils repartent à nouveau.

Le soir venu, les livres ayant été laissés à la maison, nous racontons une histoire de nuits noires et de dents pointues. Nous adaptons la fin; les loups ne dévorent pas, ils hurlent au clair de lune. La pluie sera là au matin, mais nous partons tout de même en promenade. Éli enfile ses gants de Spider-Man qu’il traîne constamment dans ses poches parmi les cailloux et les ficelles. Ramasser et conserver des choses, c’est pour lui une façon d’essayer de mieux comprendre le monde. Ses poches débordent. Nous suivons le ruisseau jusqu’à la chute en remontant pour connaître sa source. Plutôt que des roches, ce sont des feuilles qu'Éli jette à l'eau comme d'autres lancent des bouteilles à la mer. Son geste est une fin en elle-même.


Sur le chemin du retour, Arthur chante La complainte de Jack l’épouvantail du film L'étrange Noël de M. Jack. Il connait plusieurs passages, dont la finale:


« Pouvoir et gloire sont bien dérisoires, face au néant de mon désespoir! »


C'est quoi le désespoir Arthur?


« C’est quand tout est gâché ».


Plus tard, il ajoutera que l'espoir, c'est de bien écouter. Nous acquiesçons et écoutons en silence.

Au campement, les enfants et le chien se remettent à jouer dans le sable. Le chien déterre un coquillage; précieuse découverte que l'on conserve et qui finira un jour, on s'en doute, par se retrouver au fond des poches d'Éli.








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