Solastalgie

Alors que le guide-poète Rafael nous faisait découvrir la magnifique ville de Lisbonne, il s'arrêta aux abords du fleuve Tage. Son regard se porta au loin lorsqu'il évoqua la "Saudade". Un terme portugais intraduisible. Un mélange de sentiments doux-amer comme un désir vague et constant de quelque chose qui a été et qui n'est plus. Il nous parla de la gloire d'antan de son pays, racontée à travers les générations et vécue comme une vie inachevée, une absence. On pourrait croire qu'il s'agit de la nostalgie, mais c'est plus lancinant, plus contradictoire. « Quand vous serez rentrés chez vous à la maison, que vous vous ennuierez de Lisbonne, mais ne pourrez pas revenir tout de suite, vous comprendrez un peu ce que c'est, la "saudade » nous confira-t-il.


Ce manque, nous le vivons tous à différents moments de notre vie. Mon père fragile m'a confié récemment que parmi ses souvenirs heureux, il y avait les champs au printemps. Il lui semblait encore sentir le vent froid et vivifiant d'un début d'avril. En redécouvrant sa terre encore humide et froide, il pressentait toute la vie à venir.


Cette vie, pourtant, semble vouloir nous échapper. Nous le voyons, nous le ressentons, les paysages changent: les glaciers fondent, les insectes se font discrets et les feuilles tombent avant la venue de l'automne. Il existe désormais une autre forme de nostalgie, celle reliée à la perte sans même avoir à bouger de chez nous; la "Solastalgie". Le philosophe environnemental australien, Glenn Albrecht, a développé ce concept pour parler de cet état qui décrit la détresse causée par la perte lente, mais chronique des paramètres familiers liés à l’environnement.


« La souffrance de perdre ce qui nous entoure et où on se sent bien, un peu comme quand on quitte une maison pleine de souvenirs ».


Nous sommes nombreux, nombreuses à la ressentir sans en comprendre l'origine. C'est mon cas. Je navigue dans les eaux troubles du défaitisme, de la colère et de la culpabilité. Cette souffrance, il faudra apprendre à l'apprivoiser, à l'accepter. À en parler aussi. Et peut-être que de ces murmures naitra un sursaut de révolte nous donnant envie de livrer ainsi notre plus grande bataille; celle d'aimer et protéger ce monde malgré et grâce à tout. Nous le devons à nos enfants.



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